Votre mère vous a transmis bien plus que des gènes : des croyances, des peurs, des automatismes. Et si vous choisissiez consciemment ce que vous voulez transmettre à votre enfant ?
La maternité, un miroir de notre histoire
« Je ne veux surtout pas reproduire les mêmes erreurs que ma mère. » « Pourquoi est-ce que je me sens coupable dès que je pose mon bébé, alors que je sais que c’est normal ? » « Mon enfant pleure dès que je m’éloigne de lui… Est-ce que c’est héréditaire ? »
Ces questions, je les entends tous les jours dans mon cabinet. Elles résonnent comme un écho entre les générations, comme si la maternité réveillait en nous des schémas familiaux invisibles. Pourtant, devenir mère n’est pas une fatalité. La psychogénéalogie peut vous aider à identifier ces héritages invisibles et à en faire un terreau pour une parentalité plus sereine.
Dans cet article, je vous explique comment la psychogénéalogie agit sur la maternité, avec des exemples concrets et des pistes pour vous en libérer.
1.Qu’est-ce que la psychogénéalogie ? (Et pourquoi ça vous concerne)
La psychogénéalogie est une approche qui étudie l’impact de notre histoire familiale sur notre présent. Elle part du principe que :
- Nous reproduisons souvent des schémas inconscients (comportements, émotions, croyances) transmis par nos parents, grands-parents, voire arrière-grands-parents.
- Ces schémas peuvent influencer notre manière d’être mère : notre rapport à l’autorité, à la culpabilité, à la fatigue, ou même à l’allaitement.
Un exemple concret (inspiré de cas réels)
Clara, 32 ans, maman d’un bébé de 6 mois, consulte parce qu’elle se sent « submergée » par la maternité. Elle réalise que sa mère, très exigeante avec elle enfant, lui répétait : « Une femme doit tout sacrifier pour ses enfants. » Clara reproduit ce schéma en culpabilisant dès qu’elle prend du temps pour elle, même pour dormir.
Donnée clé : Selon une étude de l’INED (Institut National d’Études Démographiques), 60% des femmes déclarent ressentir une pression liée aux attentes familiales pendant leur grossesse ou après l’accouchement (source : INED, 2022). Ces attentes, souvent inconscientes, peuvent peser lourd sur le moral des jeunes mamans.
2. Comment les schémas familiaux influencent votre maternité ?
A. Les 3 schémas les plus fréquents chez les jeunes mamans
| Schéma | Exemple concret | Conséquence |
|---|---|---|
| La mère « parfaite » | « Je dois tout gérer seule, sinon je suis une mauvaise mère. » (héritage d’une mère qui faisait de même) | Épuisement, burnout, sentiment d’imposture. |
| La peur de l’abandon | « Si je ne réponds pas immédiatement à mon bébé, il ne m’aimera plus. » (lié à une enfance où l’amour était conditionnel) | Anxiété à l’idée de laisser son enfant à quelqu’un d’autre, même pour quelques heures. |
| Le contrôle absolu | « Je dois tout anticiper : horaires, alimentation, sommeil… » (héritage d’un parent très rigide) | Stress permanent, difficulté à lâcher prise, conflits avec le co-parent. |
Exemple clinique : Élodie, 28 ans, maman d’un nourrisson, a grandi avec une mère qui lui disait : « Une mère doit tout savoir, même sans formation. » Résultat : Élodie passe des heures à lire des livres sur la parentalité, se sent coupable de ne pas tout maîtriser, et finit par s’isoler de son entourage par peur du jugement.
B. D’où viennent ces schémas ?
- Les phrases entendues dans l’enfance :
- « Les enfants, ça doit obéir. »
- « Une femme doit souffrir pour être mère. »
- « Tu verras, tu comprendras quand tu auras ton enfant. »
- Les non-dits familiaux :
- Une grand-mère qui a perdu un enfant et transmet une peur inconsciente de la mortalité infantile.
- Un père qui a été élevé à la dure et reproduit des méthodes éducatives strictes.
- Les événements traumatiques non résolus :
- Une fausse couche dans la famille → peur de perdre son bébé.
- Un accouchement difficile vécu par la mère → angoisse pendant la grossesse.
Donnée clé : Une étude publiée dans The Journal of Family Psychology (2021) montre que les femmes dont les mères ont vécu un accouchement traumatique ont 2 fois plus de risques de développer une anxiété pendant leur propre grossesse (source : APA, 2021).
3. 3 étapes pour briser les schémas familiaux et vivre une maternité sereine
Étape 1 : Identifier vos schémas (sans jugement)
Question à vous poser :
- « Quelles émotions me submergent quand je pense à ma maternité ? » (culpabilité, peur, colère…)
- « Quelles phrases de ma mère/ma famille résonnent en moi aujourd’hui ? »
Exercice pratique : Prenez un carnet et notez :
- Une situation récente où vous vous êtes sentie mal à l’aise (ex : : votre bébé a pleuré longtemps, vous avez crié, vous avez culpabilisé).
- La phrase ou le comportement de votre mère qui vous vient en tête dans cette situation.
- Votre réaction actuelle vs la réaction de votre mère dans une situation similaire.
Exemple :
- Situation : Votre bébé pleure et vous ne savez pas quoi faire.
- Phrase de votre mère : « Une mère doit toujours savoir. »
- Votre réaction : « Je suis nulle, je n’y arrive pas. »
- Réaction de votre mère : « Arrête de pleurer, c’est comme ça ! »
→ Vous voyez le schéma ? « Je dois tout savoir » est un héritage familial.
Étape 2 : Comprendre l’origine de ces schémas
Posez-vous ces questions :
- « Qu’est-ce que ma mère/ma famille a vécu qui pourrait expliquer ce schéma ? »
- « Est-ce que ce schéma me protège ou me limite ? »
Exemple : Si vous avez peur de l’abandon parce que votre mère a été absente émotionnellement pendant votre enfance, ce schéma peut être une façon de « contrôler » l’amour de votre enfant. Mais est-ce vraiment utile aujourd’hui ?
Donnée clé : D’après une enquête de l’UNICEF (2023), 40% des jeunes mamans déclarent avoir des peurs liées à leur propre enfance (manque d’affection, discipline trop stricte, etc.). Ces peurs influencent directement leur relation avec leur enfant.
Étape 3 : Créer votre propre histoire maternelle
Comment faire ?
- Remplacez les croyances limitantes par des affirmations positives :
- « Je n’ai pas à tout savoir pour être une bonne mère. » → « Je fais de mon mieux, et c’est suffisant. »
- « Mon enfant doit m’aimer à tout prix. » → « Mon enfant a le droit de me tester, c’est normal. »
- Parlez à votre enfant avec des mots que vous auriez aimé entendre :
- Au lieu de : « Arrête de pleurer ! » → « Je vois que tu es triste. Je suis là. »
- Au lieu de : « Tu es insupportable ! » → « Je comprends que tu sois en colère. On va trouver une solution ensemble. »
- Libérez-vous des non-dits :
- Écrivez une lettre à votre mère (même si vous ne la lui envoyez pas) pour exprimer ce que vous ressentez.
- Parlez-en à un proche ou à un professionnel pour évacuer ces émotions.
Exemple clinique : Sophie, 30 ans, maman d’un bébé de 4 mois, réalisait qu’elle reproduisait les cris de sa mère quand elle était en colère. En prenant conscience du schéma, elle a appris à respirer avant de réagir et à utiliser des mots plus doux. Résultat : son bébé pleure moins, et leur relation est plus apaisée.
4. Un exemple complet : Comment Clara a brisé son schéma de la « mère parfaite »
Clara, 32 ans, consultait parce qu’elle se sentait « épuisée, coupable et inadéquate » en tant que mère. Voici comment la psychogénéalogie l’a aidée :
Son schéma :
Sa mère lui répétait : « Une femme doit tout sacrifier pour ses enfants. » Clara reproduisait ce schéma en :
- Ne prenant jamais de temps pour elle (même pour boire un café).
- Se sentant coupable dès qu’elle posait son bébé pour faire une sieste.
- Voulant tout contrôler (horaires, alimentation, sommeil).
Son déclic :
Pendant une séance, Clara a réalisé que :
- Son épuisement venait de ce schéma : « Si je ne sacrifie pas tout, je ne suis pas une bonne mère. »
- Sa peur de la critique était liée à une phrase de sa mère : « Les autres vont te juger si tu ne fais pas comme il faut. »
Son changement :
- Elle a appris à déléguer (son partenaire s’occupe des biberons le soir).
- Elle a accepté de ne pas tout maîtriser (son bébé a le droit de pleurer un peu).
- Elle a remplacé sa croyance par : « Je suis une bonne mère parce que je prends soin de moi aussi. »
Résultat : Clara a retrouvé un équilibre. Elle dort mieux, rit plus, et son bébé est plus calme. « Je ne suis pas parfaite, mais je suis présente. Et c’est ça, être une bonne mère. »
5. Quand consulter ? Les signes qui doivent vous alerter
Vous reconnaissez-vous dans ces situations ?
- Vous vous sentez prisonnière de vos émotions (culpabilité, colère, peur).
- Votre relation avec votre enfant est source de stress plutôt que de joie.
- Vous avez l’impression de répéter des schémas sans savoir comment en sortir.
- Votre entourage vous dit : « Tu es trop dure avec toi-même. »
Ces signes indiquent que la psychogénéalogie (ou un accompagnement thérapeutique) pourrait vous aider. Vous n’êtes pas obligée d’attendre d’être au bout du rouleau pour en parler.
Vous n’êtes pas condamnée à répéter l’histoire de votre famille
La maternité agit comme un miroir : elle reflète nos joies, mais aussi nos peurs et nos héritages invisibles. La psychogénéalogie vous aide à prendre conscience de ces schémas pour agir en conscience, plutôt que de les subir.
En comprenant ce qui a façonné votre parcours, vous clarifiez vos réactions de mère et choisissez une approche parentale alignée avec vos valeurs. La maternité devient alors une aventure transformative : en embrassant votre histoire familiale, vous vous élevez en tant que mère consciente et épanouie.
Si vous souhaitez explorer votre héritage familial, je vous accompagne avec bienveillance. Je suis membre de la Fédération Française de Psychogénéalogie et propose un accompagnement dédié aux futures mamans, comme mon accompagnement « De la Femme à la Mère ».
Pour aller plus loin :
- Découvrez la psychogénéalogie : un outil puissant pour les personnes en quête de sens.
- Matrescence pendant la grossesse : comment vivre ses émotions sans culpabiliser ?
- 7 clés pour bien vivre la transition vers la maternité
- « Je me sentais perdue… » Comment Marie a appris à trouver son équilibre pour devenir maman
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