On devient souvent proche aidant sans l’avoir choisi, et parfois sans même s’en rendre compte. Aider un enfant, un parent, un conjoint ou un proche malade ou en situation de handicap s’installe progressivement dans le quotidien : accompagner à des rendez-vous, gérer des démarches, veiller, anticiper. Ce qui commence comme un geste naturel peut, avec le temps, devenir un rôle à part entière : celui d’aidant familial.

Dans mes interventions en tant que formatrice au sein du dispositif RePairs Aidants d’APF France Handicap, je rencontre régulièrement des personnes qui arrivent en formation en disant : « Je ne pensais pas être concerné(e) ». Pourtant, leur récit révèle une charge émotionnelle, physique et organisationnelle bien réelle, souvent banalisée et peu reconnue. Beaucoup d’aidants minimisent leur fatigue, repoussent leurs propres besoins et culpabilisent à l’idée de demander de l’aide.

C’est pour rendre visible cette réalité que j’utilise l’aidantomètre dans les formations RePairs Aidants. Cet outil simple et visuel permet aux aidants de se situer par rapport à la charge réelle qu’ils portent. Souvent, les mots seuls ne suffisent pas pour prendre conscience de ce qui est devenu « normal » ou « incontournable » dans l’accompagnement d’un proche. Prendre soin de soi en tant qu’aidant n’est ni un luxe ni un renoncement à l’autre : c’est une condition essentielle pour accompagner durablement sans s’épuiser.

L’aidantomètre : un outil pour mesurer l’épuisement du proche aidant

Dans le cadre des formations RePairs Aidants, j’utilise l’aidantomètre comme support pédagogique. Cet outil simple et visuel permet aux aidants de se situer par rapport à la charge réelle qu’ils vivent au quotidien. Souvent, les mots seuls ne suffisent pas pour prendre conscience de ce qui peut sembler « normal » ou « incontournable » dans l’accompagnement d’un proche.

L’aidantomètre aide  à :

  • Évaluer l’épuisement de l’aidant : mesurer la charge émotionnelle, physique et la charge mentale au quotidien.

  • Objectiver la fatigue : reconnaître les premiers symptômes du burn-out de l’aidant avant qu’il ne soit trop tard.

  • Dépasser le déni : sortir du « je gère tout tout seul », prendre du recul sur ses limites et accepter de demander du soutien.

En visualisant sa situation, l’aidant peut mieux comprendre les impacts de son rôle sur sa santé, son équilibre et sa vie quotidienne. Cet outil n’a pas vocation à diagnostiquer, mais à ouvrir une réflexion, amorcer une prise de conscience et faciliter le dialogue — que ce soit en atelier ou dans un cadre individuel.

Aidantomètre pour aidant familial

La réalité des aidants en France : le choc des chiffres

La réalité des aidants familiaux reste souvent invisible, parfois même pour les aidants eux-mêmes. Pourtant, les chiffres montrent l’ampleur et la gravité de la situation en France :

  • 11 millions d’aidants accompagnent quotidiennement un proche

  • 48 % d’entre eux vivent eux-mêmes avec une maladie chronique

  • 60 % sont exposés à un risque accru de surmortalité dans les trois ans suivant la maladie d’un proche

  • 1 aidant sur 3 décède avant la personne accompagnée

(Source : La situation des aidants en France – Étude, mars 2022)

Ces données montrent qu’éviter l’épuisement de l’aidant est un véritable enjeu de santé publique. Pour se préserver durablement, l’aidant familial doit apprendre à s’accorder des temps de pause et utiliser les dispositifs légaux comme le droit au répit.

Sandra Guillemin lors d'une intervention auprès de proches aidants
Lors des ateliers, nous utilisons des cartes pédagogiques pour identifier les besoins prioritaires après l’évaluation de l’épuisement.

Ce que révèle l’aidantomètre au fil des formations

Lors des formations RePairs Aidants, l’aidantomètre permet aux participants de passer du ressenti diffus à une prise de conscience concrète de leur situation. Pour certains, cette étape est difficile : il arrive que l’on soit dans le déni de sa propre fatigue ou de l’intensité de la charge quotidienne. Certains l’avouent eux-mêmes : « Je ne pensais pas que c’était si prenant ».

Les constats les plus fréquents révèlent souvent que l’épuisement est largement sous-estimé : la charge physique, émotionnelle et mentale dépasse ce que l’aidant croit gérer. Cette prise de conscience est cruciale, car elle permet de :

  • Mettre des mots sur ce qui devient difficile

  • Identifier les signes d’usure avant qu’ils ne deviennent critiques

  • Réfléchir aux actions pour préserver son équilibre et sa santé

L’aidantomètre devient ainsi un véritable point de départ pour la prévention, en accompagnant les aidants à reconnaître leur propre limite et à envisager des stratégies concrètes pour se protéger, tout en continuant à accompagner leur proche de manière durable.

Sandra Guillemin - aidant familial
Intervention prendre soin de soi en tant qu’aidant 06/25 

Connaître et faire valoir son droit au répit 

Prendre conscience de son épuisement grâce à des outils comme l’aidantomètre est une étape cruciale, mais que faire ensuite ? C’est ici qu’intervient le droit au répit. Inscrit dans la loi, le droit au répit permet aux aidants familiaux de passer le relais et d’accorder du temps à leur propre santé physique et mentale.

Concrètement, le répit peut prendre plusieurs formes : un accueil de jour ou temporaire pour votre proche, l’intervention d’une aide à domicile renforcée, ou encore des séjours de vacances répit. Qu’il s’agisse de s’absenter quelques heures pour un rendez-vous médical, d’accorder du temps à sa vie personnelle ou de partir quelques jours pour souffler, faire valoir son droit au répit n’est pas un abandon. C’est une respiration nécessaire pour éviter l’épuisement complet et maintenir un lien serein avec son proche.

Le témoignage des participants :

« Je suis très heureuse d’avoir participé à cette formation prendre soin de soi en tant qu’aidant » La fluidité de contenu des intervenants Sandra et Malika. Accueil , les matériels didactiques du point de vue pédagogique , les interactions et les exercices prévus par rapport à chaque sous titre très satisfaisant. J’ai pris conscience de qui je suis et de ce que je suis et peux donner à moi même et aux autres. » Yolande M.

«  J’ai beaucoup apprécié cette formation. Le contenu sur ces deux jours a été très riche et m’a apporté énormément. C’était une expérience émotionnellement intense pour moi, mais utile et constructive. Grâce à vous et au groupe, j’ai réussi à m’exprimer alors que c’est habituellement très difficile pour moi. J’ai pu déposer certaines choses lourdes qui me pesaient depuis longtemps. Cette formation m’a ouverte sur un chemin de reconstruction et m’a permis de me sentir entendue et accompagnée. Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre, mais j’espérais un espace d’écoute et de compréhension. J’ai trouvé bien plus : un cadre bienveillant, respectueux, et un groupe dans lequel je me suis sentie en sécurité. Je repars avec des outils, des prises de conscience, et la volonté de continuer à travailler sur moi. Cette formation m’a vraiment aidée. » Céline B.

« Formation instructive qui m a fait ouvrir les yeux sur des choses et situation positives comme négatives . Je pence que deux jours pas a la suite m ont permis de réfléchir et m interrogé. Deux formatrices aux tops, bienveillantes, douces, et qui m ont appris pas mal de choses. » Laetitia F.

Sandra Guillemin - Intervention aidant familial

Prendre soin de soi : un acte responsable, pas un luxe

Il est fréquent que les aidants se sentent obligés de mettre leurs propres besoins de côté, convaincus que le sacrifice est normal ou nécessaire. Pourtant, considérer l’accompagnement d’un proche comme une renonciation permanente à soi-même peut entraîner une fatigue chronique, un stress accru et un risque d’épuisement important.

S’inclure dans le cercle des attentions, c’est reconnaître que prendre soin de soi n’est pas incompatible avec le rôle d’aidant. Cela signifie s’autoriser à poser des limites, à demander de l’aide, à identifier des moments de repos ou des ressources de soutien. Cet acte de préservation est un choix responsable, qui permet non seulement de protéger sa santé physique et émotionnelle, mais aussi de maintenir la qualité de l’accompagnement du proche.

En intégrant cette démarche, l’aidant favorise la durabilité de son rôle. La santé et le bien-être de celui ou celle qui accompagne sont essentiels pour continuer à offrir un soutien efficace et bienveillant. Prendre soin de soi, c’est donc à la fois un acte de protection personnelle et un engagement pour l’autre : un équilibre nécessaire pour que l’aide puisse se prolonger dans le temps, sans épuisement ni culpabilité.

Sandra Guillemin - intervention aidant familial
Prendre soin de soi c’est aussi prendre le temps de faire des pauses et créer du lien avec les autres. Intervention du mois de septembre 2025.

L’aidantomètre comme point de départ d’une démarche de prévention

L’aidantomètre n’est pas un outil de diagnostic, mais un support de réflexion et de prévention. Il permet à l’aidant de prendre du recul sur sa situation, d’identifier les signaux d’alerte et de réfléchir aux actions nécessaires pour se préserver.

Concrètement, il aide à :

  • Ouvrir le dialogue avec soi-même, un proche ou un professionnel

  • Identifier le moment où un soutien devient nécessaire, avant que la fatigue ou le stress n’atteignent un seuil critique

  • Orienter vers des ressources et accompagnements adaptés, que ce soit des formations, des groupes de pairs ou un suivi individuel

En formation ou en accompagnement individuel, l’aidantomètre sert de point de départ concret pour engager une démarche de prévention et renforcer l’équilibre de l’aidant. Il rappelle qu’il est possible de continuer à accompagner son proche tout en se préservant, en posant des limites et en mettant en place des stratégies de soutien adaptées à sa propre situation.

Se reconnaître aidant, le premier pas vers l’équilibre

Se reconnaître comme aidant familial est la première étape pour prendre soin de soi. Nommer sa charge, identifier ses limites et mesurer son niveau de fatigue sont des gestes essentiels pour prévenir l’épuisement et continuer à accompagner son proche de manière durable.

Prendre soin de soi n’est pas un luxe ni un signe d’égoïsme : c’est un acte responsable qui permet de préserver sa santé, son équilibre émotionnel et la qualité de l’accompagnement offert. Les outils comme l’aidantomètre, les formations et les ateliers permettent de mettre des mots sur ce que l’on vit, d’identifier des stratégies concrètes pour se protéger et de créer un espace d’échange et de soutien avec d’autres aidants.

Envie de faire le point sur votre situation ?

Ne restez pas seul(e) face à la charge quotidienne. Selon vos besoins et vos envies, deux chemins s’offrent à vous : 

  • Le soutien collectif (Gratuit) : Vous souhaitez échanger avec d’autres aidants et découvrir des outils pratiques comme l’aidantomètre ? Pour consulter les formations et vous inscrire gratuitement, rendez-vous sur le site : https://www.repairsaidants.com/
  • L’accompagnement individuel (Sur-mesure) : Vous traversez un bouleversement, une perte, ou vous ressentez le besoin d’un espace thérapeutique rien qu’à vous pour déposer les armes sans jugement ?
    👉 Prendre RDV pour une consultation individuelle avec moi

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