La nuit de la Saint-Sylvestre est censée célébrer la vie et le passage vers une nouvelle année. Cette année, pour beaucoup, elle a été marquée par un drame qui a touché non seulement les familles directement concernées, mais aussi toutes celles et ceux qui ont ressenti un choc profond : un deuil collectif s’est installé après la perte de plusieurs jeunes dans un incendie à Crans-Montana. Depuis, beaucoup ressentent un mélange de tristesse, de sidération, parfois de colère ou de peur, avec cette impression persistante que ce drame ne concerne pas seulement “les autres”.

Un choc qui dépasse les familles directement touchées

Lorsqu’un événement aussi brutal survient, impliquant des adolescents et des jeunes adultes, son impact dépasse largement les cercles familiaux. Il traverse des foyers entiers, réveille des angoisses, touche des parents, des jeunes, des professionnels, parfois même des personnes qui ne connaissaient aucune des victimes.

Dans mon travail d’accompagnante du deuil, je rencontre souvent cette phrase après des drames collectifs :
« Je ne les connaissais pas, mais je n’arrête pas d’y penser. »

Ce type de réaction est profondément humaine. Face à la mort soudaine de jeunes, ce n’est pas la proximité qui compte, mais l’identification.

Quand l’identification devient insupportable

Personnellement, ce drame m’a bouleversée en tant que mère. Mon fils a 17 ans. Lorsque j’ai vu passer l’appel d’une maman cherchant son fils Arthur de 16 ans, quelque chose s’est arrêté en moi. Pendant quelques instants, ce n’était plus une information, ni un fait divers. C’était une peur universelle. Celle que partagent tous les parents : perdre son enfant, sans y être préparé, sans pouvoir le protéger.

À cet endroit précis, beaucoup de parents se reconnaissent. Ce n’est plus leur histoire. C’est une projection possible de la nôtre.

Pourquoi ce type de drame nous atteint si fortement

Plusieurs éléments se conjuguent et expliquent l’intensité du choc :

  • l’âge des victimes, qui heurte notre besoin de continuité et de justice,

  • le contraste violent entre un moment de fête et la mort,

  • la brutalité, sans avertissement,

  • la perte de l’illusion que certaines choses n’arrivent “qu’aux autres”.

Ce n’est pas seulement ce qui s’est passé qui fait traumatisme, mais ce que cela vient fissurer en nous : le sentiment de sécurité, de maîtrise, de prévisibilité.

Main tenant une plume devant le soleil couchant, symbolisant introspection, calme et sérénité dans la nature

crédit photo :canva

Être bouleversé(e) sans connaître : un deuil indirect mais réel

Beaucoup de personnes se sentent déstabilisées par leurs propres réactions : « Je n’ai rien à voir avec ces familles, pourquoi est-ce que ça me touche autant ? »

Nous pouvons pourtant être profondément affecté sans être concerné directement. On parle alors parfois de deuil indirect ou de deuil collectif. Il n’y a pas de hiérarchie dans la souffrance. Ce que l’on ressent ne vole rien à personne. Ignorer ses émotions ne les efface pas ; les reconnaître permet souvent de les traverser plus doucement.

Comment traverser ce moment sans s’y perdre

Il n’existe pas de bonne manière de réagir, mais certains repères peuvent aider :

  • limiter l’exposition aux images, aux détails et aux récits en boucle,

  • mettre des mots sur ce qui est là, à l’écrit ou à l’oral,

  • accepter de ne pas “aller bien” immédiatement,

  • respecter son propre rythme émotionnel.

Parfois, dire simplement « ce drame m’a touché » suffit déjà à alléger un peu le poids.

Une attention particulière pour les jeunes

Dans les situations de deuil collectif, les adolescents et les jeunes adultes sont souvent très impactés, même s’ils ne l’expriment pas de manière attendue. Certains parlent beaucoup, d’autres se taisent. Certains minimisent, d’autres s’angoissent. Pour les adultes qui les entourent, il n’est pas nécessaire d’avoir des réponses toutes faites. Souvent, la présence est plus sécurisante que les explications.

Dire  « Je suis là si tu as besoin d’en parler » sans forcer, sans dramatiser, ouvre déjà un espace de sécurité.

Honorer sans s’abîmer

Face à l’impuissance, beaucoup ressentent le besoin de poser un geste. Il n’a pas besoin d’être visible ni partagé. Cela peut être un temps de silence, une bougie allumée avec une intention, quelques mots écrits, une pensée consciente adressée aux familles touchées. Ces gestes ne réparent pas l’irréparable, mais ils permettent de redonner une place à l’humanité, là où tout semble absurde.

Pierre en forme de cœur déposée sur un tronc d’arbre, évoquant le lien, la mémoire et l’apaisement
Crédit photo : Canva

Je n’écris pas cet article pour expliquer ce drame, ni pour en analyser les causes. J’écris parce que, comme beaucoup, j’ai été touchée. En tant que professionnelle de l’accompagnement, mais aussi en tant que mère. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de réagir à un drame collectif.
Il y a simplement des émotions qui cherchent un endroit où se déposer. Et parfois, traverser ces moments est un peu moins lourd lorsque l’on n’y reste pas seul.

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